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Construire, structurer, évoluer : l’itinéraire d’un entrepreneur en mouvement

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Entretien avec Dino Essraoulia, Entrepreneur et investisseur en capital-risque spécialisé dans le secteur du luxe, basé à Los Angelesentrepreneur et investisseur en capital-risque sur les investissements dans le luxe basé à Los Angeles

Le succès ne se limite pas seulement à devenir millionnaire ou à gagner des chiffres avec des zéros infinis. Parfois, il commence par la décision de prendre en main son propre chemin. Dans cet entretien, Dino Essraoulia revient sur un parcours professionnel marqué par les réorientations, la résilience et la capacité à s’adapter lorsque la passion seule ne suffit plus.

Initialement formé au développement des médias et à la réalisation cinématographique en Italie, Essraoulia s’est fait connaître à l’international grâce à un cinéma engagé, notamment avec Le Refuge, un documentaire abordant la violence domestique envers les hommes dans le monde arabe. Il a notemment produit les épisodes de Bolice tournés à Los Angeles, une série Tunisienne à grand succès Il a ensuite participé à des productions internationales et régionales pour des plateformes telles que Netflix et de grands diffuseurs. Pourtant, parallèlement à ce travail créatif, une trajectoire inattendue s’est dessinée.

Ce qui avait commencé comme une incursion pragmatique dans la restauration, parfois dictée par la nécessité plus que par l’ambition, est progressivement devenu le socle de sa carrière entrepreneuriale. Grâce à une expérience de terrain, il a développé une compréhension concrète du leadership, alignant ainsi sa sensibilité créative avec les réalités du marché.

Aujourd’hui, entre projets de luxe et initiatives à impact, Essraoulia défend un entrepreneuriat en mouvement, fondé sur l’adaptation et la réinvention.
Il mentionne:
« Être son propre patron n’est pas une fin en soi. Ce qui compte réellement, c’est de se concentrer sur ce que l’on fait le mieux en alignant passion, expertise et demande du marché, un alignement propre à chaque individu. »

Cet entretien explore la puissance d’une reconversion professionnelle, ainsi qu’un clin d’œil sur l’entrepreneuriat sur le continent américain.

Entretien.
Propos recueillis par Rihem Zehri.

1. Revenons au tout début. Comment votre parcours a-t-il commencé dans le domaine du divertissement, et que représentait cette passion pour vous à l’époque ?

J’ai été façonné par la Médina de Tunis bien avant de toucher une caméra.

J’ai grandi entre le café Sidi Ben Arous, où l’on débattait de politique, de religion et de survie autour de petites tasses, et la Chouachia, où les artisans répètent le même geste pendant des décennies jusqu’à ce que la maîtrise devienne invisible. Je fréquentais aussi les lieux de rencontre des intellectuels du centre-ville, où la vie se discute bruyamment, avec émotion, sans filtre.

Le cinéma n’a pas commencé comme un projet de carrière. Il est arrivé comme une nécessité.

À l’époque, la passion signifiait la liberté. Cela signifiait avoir une voix. Je voulais exister pleinement, sans compromis, dans un monde qui exige souvent des compromis.

Les histoires m’entouraient, brutes et inachevées, vivantes dans les rues. Elles demandaient à être traduites, jouées, préservées. Vous savez en grandissant dans la Médina de Tunis, dès l’enfance, on nous enseigne à porter l’héritage que nous habitons, que ce soit l’architecture historique ou les récits intemporels des anciens. Nous sommes imprégnés de la persistance de la mémoire, et j’ai découvert que le cinéma, les images, la recréation des scènes, est le moyen le plus puissant de préserver ces instants. C’est une manière de figer des histoires transmises depuis des siècles et de leur donner vie pour les générations futures.

2. Lorsque vous avez quitté la Tunisie pour construire votre parcours à l’étranger, à quoi ressemblait réellement votre quotidien en coulisses ?

Quitter la Tunisie n’avait rien de romantique. C’était déroutant, parfois brutal.

Je commençais à me faire remarquer sur la scène artistique tunisienne à l’époque.

À l’étranger, rien de mon ancien parcours ne m’accompagnait. J’avais l’impression d’arriver dans un monde nouveau, sans réputation sur laquelle m’appuyer.

J’ai fondé Carthage Pictures à Londres. Sur le papier, c’était ambitieux ; en réalité, ce fut une leçon d’humilité. Le projet n’a pas réussi. L’échec à l’étranger est silencieux et solitaire. Seulement des leçons, souvent apprises dans l’inconfort.

Je suis ensuite retourné en Europe, naviguant entre projets, pays et incertitudes. Je frappais constamment aux portes, encore et encore, sans jamais me fatiguer.

Plus tard, je suis parti à Los Angeles pour des raisons personnelles, pensant n’y rester que peu de temps. J’y ai mis ma carrière dans une valise, sans savoir que la vie, avait d’autres plans.

Le sacrifice le plus difficile était émotionnel : la distance avec la famille, la langue, le familier. Ces années ont forgé ma résilience. Elles m’ont appris que la migration n’est pas seulement géographique, mais aussi psychologique et économique. On évolue ou on disparaît silencieusement.
Je frappais aux portes de ma passion le matin et le soir je travaillais dans la restauration pour gagner ma vie.

3. Avec le recul, quelle a été votre erreur la plus importante ?

Je dirais qu’il y en a eu deux.

D’abord, j’ai confondu indépendance et isolement. Un mentorat précoce m’aurait permis de gagner en clarté et en ampleur. Le vrai leadership cherche le conseil, pas l’approbation.

Ensuite, j’ai cru que l’effort seul garantissait l’équité.

Ce n’est pas le cas. Le monde fonctionne sur des leviers, du timing et des règles invisibles. Je l’ai appris à mes dépens. Mais ces difficultés ont affiné mon jugement et renforcé mon instinct.

4. Au début, sur quoi vous appuyiez-vous le plus, et comment cela a-t-il évolué ?

Au départ, je comptais sur une énergie brute, trop d’énergie.

En Italie, j’ai co-réalisé, assisté de grands cinéastes et appris les mécanismes du récit dans un chaos maîtrisé. Certains admiraient mon intensité, d’autres en étaient dépassés. Un réalisateur m’a dit en plaisantant : « Tu as du talent, mais tu ne sais pas quand te taire. » Il avait raison.

Londres m’a appris la retenue.
Los Angeles m’a appris l’humilité.

Avec le temps, l’instinct est devenu stratégie. L’énergie est devenue discipline. J’ai appris quand parler, quand écouter, et quand le silence est plus puissant que les mots.

5. À quel moment avez-vous compris que la passion et le talent ne suffisaient pas ?

Ce fut une prise de conscience humble.

J’ai décidé de retourner à l’université, obtenant un master en management hôtelier et tourisme, ainsi qu’une formation exécutive. Je n’ai pas abandonné la créativité ; je l’ai renforcée.

La structure académique m’a permis de transformer l’instinct en cadres fiables.

6. Que construisez-vous aujourd’hui ? Est-ce un nouveau chapitre ?

C’est un nouveau chapitre, un retour à une altitude plus élevée.
Aujourd’hui, j’opère à l’intersection de l’hôtellerie, restauration, du capital, de la technologie et de la durabilité, à travers différents rôles de direction et de conseil.

Des rues de la Médina aux salles de conseil de Beverly Hills, mon parcours consiste à transformer l’expérience humaine en systèmes durables.

Je ne suis pas encore au sommet, mais je suis fier du chemin parcouru.

8. Comment vos débuts dans le divertissement ont-ils influencé votre vision du luxe et du service ?

Le cinéma a formé mon regard.
L’hôtellerie a formé ma conscience.

Le cinéma m’a appris à lire les émotions. L’hôtellerie m’a appris à créer des expériences mémorables.

Le vrai luxe est invisible.

9. L’entrepreneuriat aux États-Unis aujourd’hui, comment vous le décrierez ?

L’entreprenariat ici est un écosystème qui permet de transformer une vision en réalité.
D’un point de vue pratique, l’entrepreneuriat y est particulièrement accessible. Les démarches administratives pour créer une entreprise sont relativement simples. Dans de nombreux États, il est possible de créer une LLC ou une société en quelques jours, parfois même entièrement en ligne. Comparé à d’autres régions du monde, le système favorise l’initiative et l’innovation plutôt que de freiner les entrepreneurs par une bureaucratie excessive.

Bien sûr, une fois l’entreprise créée, les responsabilités commencent immédiatement. Il faut maîtriser les questions de licences, d’assurances, de comptabilité et de fiscalité, à la fois au niveau fédéral et au niveau des États. Dans des centres économiques majeurs comme la Californie, les coûts peuvent être élevés, mais ils s’accompagnent d’un accès à l’un des marchés les plus dynamiques et compétitifs au monde.

Ce qui rend la décision de lancer son propre projet c’est la culture entrepreneuriale : payer ses taxes et croire en son projet.
C’est vrai que le système fiscal américain peut sembler complexe au premier abord, car il fonctionne à plusieurs niveaux : fédéral, étatique, et parfois local. Mais une fois compris, il devient relativement lisible et structuré.

Les entrepreneurs peuvent choisir différentes formes juridiques selon leur stratégie. Beaucoup optent pour des structures de type LLC, permettant une imposition directe des revenus au niveau personnel, tandis que d’autres privilégient des structures de type corporation. Cette flexibilité permet d’adapter l’organisation de l’entreprise à ses objectifs de croissance.

Il faut également prendre en compte d’autres obligations : charges sociales, taxes sur les ventes, assurances, ainsi que les frais liés aux services professionnels (avocats, experts-comptables, etc.). Ces éléments font partie d’un environnement économique structuré.

La taille du marché, l’accès au capital et la culture de l’innovation permettent aux entreprises de se développer rapidement si elles sont bien gérées. C’est un système exigeant, mais qui récompense clairement la discipline et la vision à long terme.

10. Quelles sont principalement vos activités, vos tarifications ?

Aujourd’hui, mes activités professionnelles s’articulent autour de plusieurs secteurs, entre autres, à travers mon rôle de Président de Beverly Hills Asset Management.

Nous intervenons notamment dans la stratégie financière au sein de l’environnement des hedge funds, l’investissement immobilier, le conseil en hôtellerie, le développement du commerce international, ainsi que dans des projets émergents liés à l’énergie verte. Ces activités nous permettent de collaborer avec des investisseurs et partenaires stratégiques à la recherche de création de valeur sur le long terme à l’échelle internationale.

Concernant la tarification, Chaque projet étant unique, nous fonctionnons principalement sur une base de mandats plutôt que sur une grille tarifaire publique. Les engagements prennent généralement la forme de consultations privées, d’accords de conseil stratégique ou de partenariats.

À ce niveau, l’accent est mis moins sur un prix fixe que sur la valeur créée à travers la stratégie, l’exécution et les relations à long terme.

Aujourd’hui, ces activités constituent le cœur de mon engagement professionnel. À l’avenir, mon ambition est de poursuivre mon développement à l’international en créant des projets à l’intersection de la finance, de l’hospitalité, du commerce global et de l’innovation durable.

Mon objectif n’est pas seulement de bâtir des entreprises, mais de développer des projets qui créent de la valeur, génèrent des opportunités et construisent des ponts entre les marchés et les cultures.
J’ai saisi l’opportunité de construire et de penser sans limites. Ma responsabilité aujourd’hui est de créer des entreprises qui génèrent de la valeur, des opportunités et des connexions à travers le monde. »

11. Les rencontres avec des personnalités influentes vous ont-elles marqué ?

Non.

J’ai rencontré des célébrités perdues et des inconnus qui faisaient fonctionner des systèmes entiers. Cela m’a rapidement désillusionné.

Le statut est bruyant. La substance est silencieuse.

13. Quel conseil donneriez-vous aux nouveaux arrivant dans des pays étrangers avec le but entreprenarial?

Apprenez le système avant de vouloir le changer. Respectez le temps. Construisez en silence. Restez plus longtemps que le doute ne le prévoit.

Comme le disait Calvin Coolidge :

« Rien au monde ne remplace la persévérance. Ni le talent, ni le génie, ni l’éducation. Seules la persévérance et la détermination sont omnipotentes. »

Rédigé par : Dino Essraoulia

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